Comme prévu, la Banque du Canada rehausse son taux directeur

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mercredi 12 juillet 2017

Conformément aux attentes générales, la Banque du Canada (BdC) a relevé de 25 points de base son taux cible du financement à un jour, le faisant ainsi passer à 0,75 %. Il s’agit de la première augmentation en près de sept ans. Cette hausse avait été annoncée au préalable et était largement attendue : plus de 90 % des participants au marché prévoyaient une hausse trois jours avant la décision (figure 1). Le marché avait revu ses attentes à la hausse dès le mois de juin, lorsque la première sous-gouverneure Carolyn Wilkins avait noté la vigueur de l’économie canadienne. Des commentaires repris quelques jours plus tard par le gouverneur Stephen Poloz au fil d’une série de discours et d’entrevues, au cours desquels il avait réitéré l’intention de la banque centrale d’amorcer un changement de politique radical.

Figure 1 : Probabilité d’une hausse du taux directeur en juillet selon les marches

 

 

Les facteurs à l’origine de la décision de la banque central

Depuis quelque temps déjà, la Banque du Canada souhaite revenir sur les deux baisses de taux qu’elle avait effectuées en 2015, le gouverneur Stephen Poloz estimant qu’elles avaient « fait leur effet ». La croissance économique suit un rythme étonnamment soutenu cette année, ce qui constitue un facteur clé dans la prise de décision du 12 juillet 2017. En effet, la politique monétaire d’urgence accommodante n’a plus lieu d’être. L’économie canadienne a progressé de 3,7 % en données annualisées au premier trimestre de 2017, surpassant ainsi de nombreux pairs au sein des marchés développés. La croissance était largement attribuable à la demande nationale et à la consommation des ménages, et les investissements résidentiels et professionnels ont eux aussi été considérables. Le gouverneur S. Poloz prévoit que la croissance se maintiendra, ce qui pourrait entraîner une nouvelle hausse de taux, plus tard dans l’année ou au début de 2018, si l’activité économique demeure favorable. Le marché de l’emploi (figure 2) a lui aussi affiché des résultats solides, avec une création d’emplois supérieure aux attentes. Toutefois, dans une conjoncture semblable à celle avec laquelle la Réserve fédérale américaine (la Fed) et d’autres grandes banques centrales ont dû composer, l’inflation a stagné et manqué l’objectif de 2 % (figure 3), ce qui risque de retarder les décisions ultérieures de la BdC. Cette dernière a néanmoins minimisé les chiffres de l’inflation, affirmant qu’il s’agissait principalement d’une situation « transitoire » qui découlait de fixation de prix concurrentiels dans le commerce de l’épicerie. Par ailleurs, la banque centrale a précisé que toute décision concernant la politique monétaire devrait refléter les conditions économiques attendues dans les 18 à 24 prochains mois, et non l’état actuel de l’économie.

Figure 2 : La solidité du marché de l’emploi a favorisé la croissance économique

Figure 3 : Malgré la faiblesse de l’inflation, la banque centrale a rehaussé son taux

 

Les commentaires de la Banque centrale et la réaction du marché

Étant donné l’ampleur et la vigueur générale de l’essor au Canada, la banque centrale a estimé que l’économie était en mesure d’accuser une augmentation des taux. Elle a également livré une évaluation plus optimiste de l’économie et prévoit une croissance de 2,8 % en 2017, en hausse par rapport à la projection de 2,6 % donnée en avril. Elle s’attend ensuite à une retombée de la croissance à 2 % en 2018, puis à 1,6 % en 2019. M. Poloz ne se dit pas prêt à divulguer la date à laquelle une deuxième hausse aura lieu, et toute décision future dépendra de toute façon des « données à venir » sur l’inflation.

Ce repositionnement radical adopté par la BdC au mois de juin s’est traduit pas une réévaluation importante des taux à court terme et du dollar canadien au cours des dernières semaines. Face à la rhétorique plus audacieuse de la banque après la hausse de juillet, le marché s’attend de plus en plus à de nouvelles hausses. Les obligations canadiennes ont, par conséquent, vu leurs rendements à court terme monter en flèche (pour les échéances allant jusqu’à dix ans, mais davantage encore pour les échéances à deux et à trois ans) et le dollar canadien s’est apprécié. Les rendements à long terme ont, quant à eux, légèrement reculé, en raison des pressions inflationnistes qui demeurent faibles.

Les perspectives de l’équipe des titres à revenu fixe AGF

Nous avions anticipé la hausse de juillet et interprété la toute nouvelle politique adoptée par la banque centrale en juin comme un signal évident de l’intention de celle-ci de commencer à rehausser les taux d’intérêt. Étant donné la reprise générale et la réévaluation à la hausse de l’économie par la banque centrale, nous croyons qu’il ne s’agit pas d’une simple annulation des deux dernières baisses d’urgence effectuées en 2015. Cette mesure marque plutôt le début d’une normalisation continue, quoique progressive, des taux. Nous prévoyons une hausse supplémentaire pour cette année, ainsi que d’autres augmentations potentielles en 2018. Nous surveillerons de près l’inflation ainsi que d’autres données économiques, car ces facteurs continueront de déterminer la politique de la banque centrale et ils joueront un rôle clé dans l’orientation des taux à court terme au Canada et dans l’évolution du dollar canadien.

Nous pensons que les rendements resteront dans une fourchette normale à moyen terme et que le huard demeurera dans le haut de la fourchette qu’il a récemment atteint.

L’incidence d’une hausse des taux

Les taux hypothécaires avaient déjà commencé à remonter par anticipation, avant la décision de la BdC. Une hausse des taux signifie que les consommateurs débourseront davantage pour leurs hypothèques à taux variable, ainsi que pour toute nouvelle hypothèque à taux fixe. Les autres coûts liés à l’emprunt augmenteront, y compris les autres prêts et les marges de crédit indexées au taux de référence. Cette situation aura vraisemblablement des répercussions peu considérables sur le secteur du logement. En effet, le marché de l’immobilier torontois était déjà redescendu d’un cran, à la suite des mesures contraignantes du gouvernement libéral de l’Ontario en avril 2017 : les nouveaux acheteurs devaient être admissibles à des hypothèques dont les taux d’intérêt dépassaient largement ceux du marché. Par ailleurs, le revenu disponible a sensiblement progressé, à un rythme annuel d’environ 4 %, ce qui suffit amplement à amortir l’impact d’une légère remontée des taux hypothécaires. Il en va de même pour l’économie, dont la croissance a été solide. Les dollars canadien et américain ainsi que le taux de change effectif réel demeurent équivalents aux moyennes des deux dernières années, ce qui est important pour maintenir les effets commerciaux. Enfin, le gain de revenu produit par la hausse des taux pourra aider à contrebalancer l’effet négatif qu’a le taux de change sur les prix.

 

 

Les commentaires et données économiques sont tirés de Bloomberg et de Reuters, sauf référence contraire. Les commentaires que renferme ce document sont fournis à titre de renseignements d’ordre général fondés sur des informations disponibles au 12 juillet 2017 et ne devraient pas être considérés comme des conseils personnels en matière de placement, une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente de valeurs mobilières. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie. Les conditions du marché peuvent changer et le gestionnaire n’accepte aucune responsabilité pour des décisions de placement prises par des individus et découlant de l’utilisation ou sur la foi des renseignements contenus dans ce document.

 

 

Auteur :

Mark Weinberg, ASA, ACIA

Gestionnaire de portefeuille adjoint

Placements AGF Inc.

Traduit de l'anglais.

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