Le fardeau d’une dette croissante en chiffres
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Aperçus des marchés

Le fardeau d’une dette croissante en chiffres

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Le 10 septembre 2018

Les tensions commerciales combinées à la divergence des tendances sur le plan de la croissance économique et aux menaces d’une crise de change en Turquie ont freiné la hausse des taux de rendement des obligations d’État au cours des derniers mois. Pourtant, ce qui a le plus empêché que les taux progressent de façon notable à long terme c’est le poids de la dette qui ne cesse d’augmenter à l’échelle mondiale.

Comme nous en avons parlé récemment dans l’un de nos articles, Un marché obligataire baissier à long terme? Pas si vite, le cycle des taux obligataires qui tire à sa fin pourrait encore comporter un avantage, malgré les défis économiques auxquels sont confrontés les investisseurs d’aujourd’hui. Toutefois, à mesure que les taux montent, le coût de l’emprunt augmente aussi, ce qui signifie qu’éventuellement il sera trop onéreux pour les emprunteurs de s’acquitter de leurs dettes.

Prenons comme exemple les États-Unis. Au dernier décompte, le total de la dette se chiffrait à environ 65 mille milliards $US pour les quatre grandes catégories d’emprunteurs : gouvernement, société non financière, société financière et consommateur, selon les données de Ned Davis Research. Cette somme équivaut à un ratio de levier financier presque record d’environ 3,5 : 1 (à peine plus faible que le sommet historique de 3,75 enregistré juste après la Grande Récession, il y a neuf ans), compte tenu du PIB annuel de ce pays, actuellement établi à 20 mille milliards $ US.

Les frais d’intérêts de cette dette s’élèvent à quelque 2 mille milliards $ US par année, en supposant un taux d’intérêt moyen de 3 % qui tient compte des portions à court et à long termes des créances du gouvernement, de même que de la dette d’entreprises et de tous les types de dettes de ménages au titre de la consommation, depuis les prêts hypothécaires jusqu’aux prêts automobiles, en passant par les soldes de cartes de crédit qui s’accompagnent de taux d’intérêt créditeurs beaucoup plus élevés.

Ces frais d’intérêts annuels de 2 mille milliards $ US représentent 10 % du PIB annuel des États-Unis, ce qui n’est pas négligeable. Même si ce fardeau n’a pas empêché la reprise après la Grande Récession, il a de toute évidence ralenti la progression de l’économie qui a enregistré son plus faible rebond de l’histoire du pays, soit une pénible croissance moyenne annualisée de 2,2 % depuis 2009.

L’effet boule de neige de la dette

La dette mondiale a augmenté de près de 150 mille milliards de dollars en 15 ans.

Source : Institut de finances internationales, 11 juillet 2018.

Donc, que se passera-t-il si les taux d’intérêt continuent de monter? Une augmentation du taux d’intérêt moyen de 3 % à 5 %, par exemple, ajouterait une somme supplémentaire de 1,3 mille milliards $ US aux frais d’intérêts, qui s’élèveraient alors à plus de 3,3 mille milliards $ US au total et représenteraient ainsi plus de 15 % du PIB annuel (plutôt que 10 %, comme c’est le cas actuellement).

En d’autres mots, une augmentation de cette envergure entraînerait un ralentissement de croissance du PIB qu’il serait difficile à soutenir pour l’économie des États-Unis si elle ne devait progresser qu’à son rythme nominal actuel de 4 à 5 %. Dans un tel scénario, les gains de 800 milliards $ US à 1 000 milliards $ US ajoutés au PIB annuel total du pays, actuellement de 20 mille milliards $ US, seraient complètement absorbés par le processus de croissance annuelle dans la dette du pays.

Ce qui amplifie le problème c’est que, tôt ou tard, les emprunteurs ne seront plus en mesure d’assumer les frais d’emprunt grandissants et que les créditeurs cesseront de tirer un revenu des prêts accordés à des débiteurs devenus incapables de les rembourser.

Il faudra bien sûr du temps, avant qu’un tel scénario ne se concrétise. Comme une bonne partie des créances à recouvrer sont liées à des taux fixes, une hausse de taux réalisée aujourd’hui n’aurait pas d’incidence sur certains emprunteurs, jusqu’à ce que ces derniers se voient un jour dans l’obligation de refinancer leurs dettes.

Malgré cela, l’endettement est probablement trop lourd pour que l’économie américaine puisse supporter une hausse, si les taux devaient grimper trop haut et trop vite et provoquer un déferlement de défauts. Il est presque certain que la croissance économique ralentirait, ce qui pourrait mener à une récession qui forcera inévitablement la Réserve fédérale des États-Unis (et le marché obligataire) à faire reculer de nouveaux les taux.

Mais ce n’est pas tout. En plus de subir le poids d’un endettement de 65 mille milliards $ US, l’économie américaine doit également assumer une dette non provisionnée de 60 à 70 mille milliards $ US provenant de programmes financés par emprunt, comme la sécurité sociale et Medicare. Ces créances arrivent graduellement à échéance, à mesure que les baby-boomers commencent à prendre leur retraite.

En outre, les États-Unis ne sont pas les seuls à affronter une telle situation. À l’échelle mondiale, les niveaux d’endettement se rapprochent rapidement des 250 mille milliards $ US, alors que le PIB est de près de 80 mille milliards $ US. Les perspectives chiffrées sont donc semblables sur le plan mathématique, pour le reste du monde. Par conséquent, nous croyons que les taux d’intérêt pourraient difficilement augmenter beaucoup plus par rapport à leurs niveaux actuels, la latitude à cet égard étant limitée.

David Stonehouse est vice-président principal et gestionnaire de portefeuille à Placements AGF Inc. Il contribue régulièrement à Perspectives AGF.

Les commentaires que renferme le présent document sont fournis à titre de renseignement d’ordre général basés sur des informations disponibles au 28 août 2018 et ne devraient pas être considérés comme des conseils personnels en matière de placement, une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente de valeurs mobilières. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie. Les conditions du marché peuvent changer et le gestionnaire de portefeuille n’accepte aucune responsabilité pour des décisions de placement prises par des individus et découlant de l’utilisation ou sur la foi des renseignements contenus dans ce document. Nous invitons les investisseurs à obtenir les conseils d’un conseiller financier.
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Auteur :

David Stonehouse

David Stonehouse, MBA, CFA

Vice-président principal et chef des investissements nord-américains et spécialisés

Placements AGF Inc.

Traduit de l'anglais.

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