Qui sera le prochain président ou la prochaine présidente du conseil de la Fed?
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Aperçus des marchés

Qui sera le prochain président ou la prochaine présidente du conseil de la Fed?

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Le 19 octobre 2017

Il semble que l’Administration Trump a dans sa mire une poignée de candidats appelés à occuper le poste de président ou présidente du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine (Fed); une annonce est attendue dans les prochaines semaines.

Il est certes plausible que le mandat de Janet Yellen puisse être renouvelé, mais la véritable question est de savoir si elle va accepter sa nomination. Qui plus est, sa position ferme sur la réglementation financière entre directement en conflit avec les intentions de M. Trump, ce qui augmente les chances qu’on voie un nouveau visage à la présidence de la Fed, d’autant plus que d’autres candidats font l’affaire en raison de leur expérience en matière de politique monétaire, de leur attitude plus consensuelle et de leur allégeance politique.

Chances des candidats de devenir président ou présidente du conseil de la Fed

Source : Predictit.org au 10 octobre 2017

Au début, on pensait assister à une course serrée entre Janet Yellen et Gary Cohn. Le renouvellement du mandat de Mme Yellen pourrait représenter la stabilité et le statu quo, ce qui manque cruellement à l’Administration Trump et que les marchés verraient probablement d’un bon œil et ne ferait pas trop augmenter les taux obligataires et le dollar américain. Gary Cohn connaît très bien Wall Street, ce qui plaît beaucoup à M. Trump, et il est en faveur de la déréglementation et d’une politique monétaire relativement expansionniste. Par contre, il n’a aucune expérience dans le domaine des banques centrales ni de la politique monétaire.

Récemment, ces deux candidats ont été dépassés par deux autres, en l’occurrence Kevin Warsh et Jerome Powell. M. Warsh a la réputation de favoriser une position belliciste, de militer en faveur d’une réduction plus rapide du bilan, de taux d’intérêt plus élevés et d’une réforme de la Fed. Cependant, ce penchant belliciste serait sensiblement modéré par son plaidoyer en faveur de la déréglementation. Si M. Warsh est nommé président du conseil de la Fed, nous assisterons probablement à une hausse des taux et peut-être même à un repli boursier dans l’anticipation d’une politique plus restrictive. Néanmoins, il semble privilégier une stratégie de changement graduel de la politique monétaire et croit également qu’il faut faire en sorte que la politique budgétaire puisse compenser en partie les effets de la politique monétaire. En outre, la Fed n’est surtout pas une institution autocratique; elle a évolué depuis l’ère Greenspan. Par conséquent, toute réaction initiale négative à sa nomination pourrait s’avérer exagérée.

Si l’on se fie au graphique de Predictit.org, John Taylor a moins de chances de succéder à Mme Yellen. Premièrement, il est plus belliciste que les autres candidats. Bien qu’il ait tempéré ses opinions ces dernières années, comme l’exprime la fameuse règle de Taylor qu’il a élaborée et à laquelle il a suggéré des modifications, sous sa gouverne, les taux d’intérêt à court terme de la Fed seraient plus élevés qu’avec n’importe quel autre candidat en lice. Deuxièmement, s’il parvenait à convaincre la Fed de suivre servilement sa prescription mécanique pour les taux d’intérêt (ce qui est peu probable), les taux s’écarteraient passablement de l’approche actuelle, plus équilibrée. Une telle méthodologie soulève la question de savoir, à quoi sert la Réserve fédérale (position préconisée par certains observateurs). À titre d’exemple, si elle avait été appliquée au Canada, cette règle aurait donné des résultats extrêmes ces dernières années, comme le montre le graphique suivant.

Source : Bloomberg, au 31 août 2017

Si cette règle avait été appliquée au Canada, la Banque du Canada aurait haussé les taux à plus de 5 %, au même moment où le prix du pétrole s’effondrait et que l’économie basculait dans un état quasi récessionnaire au début de 2015. En fin de compte, la Banque du Canada a adopté une stratégie diamétralement opposée et a réduit les taux d’intérêt à deux reprises cette année.

Jerome Powell, le nouveau favori pour ce rôle, devrait être perçu favorablement par les marchés, car il partage la vision conventionnelle de la politique monétaire de Mme Yellen et se montre plus souple à l’égard de la politique de réglementation. En outre, il est banquier d’investissement de profession, pas économiste, ce qui devrait plaire à la fois à M. Trump et aux marchés. Sa nomination se traduirait par une réglementation moins stricte pour les petites banques et très peu de changements pour les grandes sociétés financières. En raison de sa position accommodante sur deux fronts, de tous les candidats traditionnels, M. Powell est probablement celui qui plairait le plus aux marchés.

Jerome Powell étant le candidat favori et, par conséquent, quelque peu pris en compte, une nomination en faveur de quelqu’un d’autre pourrait surprendre les marchés, ce que nous n’écartons pas. Certes, le président Trump n’hésite pas à nommer des candidats improbables pour combler divers postes. Neel Kashkari fait l’affaire mais est un outsider, c’est un homme d’affaires (pas un économiste) et une colombe à l’extrême, mais les représentants de l’Administration ont indiqué que sa candidature n’a pas été retenue. Glenn Hubbard et Richard Fisher sont deux autres candidats qui possèdent beaucoup d’expérience en matière de politique monétaire, mais l’un (Hubbard) est trop au centre et l’autre (Fisher) un peu trop belliciste pour M. Trump, et les deux sont économistes. Par contre, si M. Trump choisit de nommer un candidat non conventionnel, il penchera probablement en faveur d’un homme ou d’une femme d’affaires accommodant qui soutiendrait la déréglementation et ne perturberait pas trop l’économie, qui croule sous le poids des dettes, et les marchés.

Quoi qu’il en soit, des variations excessives dans un sens comme dans l’autre après la nomination du président ou de la présidente du conseil de la Fed ne sont probablement pas justifiées. Si l’on se fie aux trois dernières décennies, qui ont été ponctuées de huit nominations, dont trois présidents du conseil de la Fed (Alan Greenspan, Ben Bernanke et Janet Yellen), la réaction a généralement été tempérée. Habituellement, les obligations à court et à long termes réagissent initialement de façon belliciste aux nominations, puis perdent leurs gains et se replient légèrement un mois plus tard.

Réactions aux nominations d’un président ou d’une présidente du conseil de la Fed : (gauche) taux à 2 ans; (droite) taux à 10 ans

Source : Cornerstone Macro Research, 12 octobre 2017

Le marché boursier a tendance à réagir de façon opposée, soit sans grand enthousiasme au départ, après quoi on note une amélioration au cours des semaines suivantes, mais rien de spectaculaire si l’on se fie à ces huit observations.

Réaction de l’indice S&P 500 aux nominations d’un président ou d’une présidente du conseil de la Fed

Source : Cornerstone Macro Research, 12 octobre 2017

De même, le dollar américain, représenté par l’indice DXY, a tendance à se déprécier lorsque la candidature est annoncée avant de regagner rapidement le terrain perdu.

Réaction du dollar américain aux nominations d’un président ou d’une présidente du conseil de la Fed

Source : Cornerstone Macro Research, 12 octobre 2017

Peu importe quel candidat l’Administration Trump nommera dans les semaines à venir, nous nous attendons à ce que le scénario de réaction de déception se perpétue. Essentiellement, la continuité sera vraisemblablement à l’ordre du jour d’un point de vue macroéconomique et l’évolution de la Fed vers une approche plus consensuelle axée sur le travail d’équipe limitera probablement toute initiative non conformiste de la part du nouveau président du conseil.

Un dernier point à noter, toutefois, est que même si l’accent est mis sur le candidat à la présidence du conseil, il faut savoir qu’il y a trois autres postes vacants à la Réserve fédérale. En conséquence, M. Trump a le loisir de remodeler de manière plus significative la composition et l’orientation stratégique du comité à plus long terme.

Qu’est-ce que tout cela veut dire? Cela signifie qu’on peut s’attendre à des hausses de taux annoncées bien à l’avance…

 

 

Les commentaires que renferme ce document sont fournis à titre de renseignements d’ordre général basés sur l’information disponible au 18 octobre 2017 et ne devraient pas être considérés comme des conseils personnels en matière de placement, une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente de valeurs mobilières. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie. Les conditions du marché peuvent changer et le gestionnaire de portefeuille n’accepte aucune responsabilité pour des décisions de placement prises par des individus et découlant de l’utilisation ou sur la foi des renseignements contenus dans ce document. Nous invitons les investisseurs à obtenir les conseils d’un conseiller financier.

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Auteur :

David Stonehouse

David Stonehouse, MBA, CFA

Vice-président principal et chef des investissements nord-américains et spécialisés

Placements AGF Inc.

Traduit de l'anglais.

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